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Repères généraux des aspects à couvrir :

1) Notions de base sur la science, ses territoires et ses limites

1-a) Les types de jugements sur la réalité

- Le jugement de fait

- Le jugement de goût/préférence

- Le jugement de valeur et le jugement d’interprétation

1-b) La science et le scientisme

- La confusion entre ce qui est (le fait) et ce qui se doit d’être ou mérite d’être (la valeur).  Le piège du mot «normal» : ne pas confondre «fréquence de récurrence» (fait) et «acceptabilité» (valeur).  Exemple tiré de dérives en sociobiologie avec le viol chez les canards.

1-c) La science, la dystopie et l’utopie : rêver en noir et blanc ?

- Remarques générales sur l’apparition de la dystopie : pourquoi après avoir voulu rêver le meilleur veut-on rêver le pire ?

- La science et l’imagination du «pire» dans la recherche d’une société «idéale» : les dystopies technoscientifiques.  Exemples dans le cinéma de science-fiction (ex. Orange mécanique (1971), Bienvenue à Gattaca (1998), Minority Report (2002), etc.) et en littérature (ex. Le meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, 1984 (1948) de George Orwell, etc.).

- La science et l’imagination du «meilleur» : les utopies technoscientifiques.  Exemples des utopies posthumanistes de «L’Homme nouveau» (décennie 1930 : les arts face aux sciences de la vie, le politique et la montée en Europe des fascismes portés par l’idéologie de l’Homme nouveau) jusqu’aux utopies posthumanistes du «Nouvel Homme nouveau» (époque actuelle ; Cf enquête et ouvrage d’Antoine Robitaille).

1-d) La science et la religion

- Croire et savoir.

- La science et l’agnosticisme.

- Les litiges d’intérêts entre science et religion : exemple de l’Homme de Kennewick.

- Évolutionnisme et créationnisme : les aspects conceptuels de la problématique évolution/création et les aspects historiques (du créationnisme à l’Intelligent Design).

1-e) La science et la philosophie

- Éthique

- Théories de la connaissance, philosophie des sciences et épistémologie

1-f) La science et la technologie

- Confusions à éviter entre «sciences pures» et «sciences appliquées», entre science et savoir-faire.

2) La «méthode scientifique» est-elle un mythe ?

2-a) Est-ce qu’il y a une «méthode scientifique» par-delà ou en deçà des domaines scientifiques ?

– Clarification de la question.

2-b) Aspects philosophiques de la méthode scientifique

- Conviction que l’on peut comprendre le monde avec notre raison et conviction qu’il existe une réalité indépendante de nous-mêmes et de nos perceptions.

- Clarifications sur le cas des mathématiques et de la logique formelle.  [ Cf le cours «Mathématica» ]

- Considérations à propos de 3 feuillets de réalité se superposant : distinction entre (1) la réalité du fait/événement, (2) la réalité de la perception du fait/événement (possibilité que chaque perception stylise) et (3) la réalité de l’explication du fait/événement.

- Considérations sur la «vérité des faits» et la «vérité des explications».

- Postulat matérialiste.  (Remarques sur les propriétés émergentes.)

2-c) Le réductionnisme en science : ses grandeurs et ses misères

- Explications.

2-d) L’analyse causale : gérer une complexité multifactorielle

- Distinction entre «causes nécessaires» et «causes suffisantes»

- Distinction entre «causes immédiates» et «causes lointaines»

- Prédisposition, contrainte et cause active – Permettre, empêcher et causer

2-e) La science sans expérience ?

- La place de l’approche expérimentale en sciences

- Le critère de «Réfutabilité» (falsifiability) énoncé par Karl Popper

- La méthode comparative

- Hypothèses, prédictions, postdictions.  Exemple de «l’âge de la terre».

2-f) L’esprit critique : 3 outils et 2 règles de conduite de l’esprit critique (pas seulement en science)

Les 3 outils :

- La flèche du fardeau de la preuve

- Le «Rasoir d’Occam» (ou le principe de parcimonie)

- La balance de Carl Sagan

Les 2 règles de conduite :

- Se méfier de son propre désir de croire

- S’incliner humblement devant les faits (la validation des faits, avant leurs explications)

3) Science, Être humain et culture

3-a) Sciences de la Nature, sciences humaines et sciences sociales : y a-t-il des «sciences dures» et des «sciences molles» ?

- Horizon des débats, des positions et de leurs implications.

3-b) Divisions disciplinaires : cloisons mentales ?

- L’Humain : sous le regard attentif autant des sciences de la Nature que des sciences humaines et des sciences sociales, ainsi que des «humanities».

- Exemple dans les «sciences du comportement» : biologie, biochimie et neurobiologie, éthologie et psychologie, phénoménologie et neurophénoménologie, origines du DSM-IV (et débats autour de la préparation du nouveau DSM-V), etc.

3-c) L’Humain : le défi de l’analysant analysé

- Prise en considération des défis et écueils tant du déterminisme que de l’indéterminisme pour la science.

3-d) La science : discours sur ce monde et dans ce monde

- Limites naturelles, conditions matérielles et technologiques, conditions sociohistoriques, horizons des «allants de soi» («taken for granded») et imprégnations culturelles.

- Exemple du contexte d’émergence de la cybernétique (Cf travaux de la sociologue Céline Lafontaine) et des «sciences cognitives» au 20e siècle.

3-e) Trois grands types de positions sur les rapports entre les divers domaines des sciences :

- Perspective de continuité entre les sciences de la Nature et les sciences humaines et sociales.

- Perspective de discontinuité entre les sciences de la Nature et les sciences humaines et sociales.  Tentatives s’appuyant sur une distinction fondamentale entre «expliquer des causes» et «comprendre des motivations».

- Perspective de rupture avec l’idéal d’impartialité/objectivité, débouchant sur des visions sociopolitiques de la valeur des sciences (humaines et sociales), que certains qualifient de «relativisme postmoderne» ou de «subjectivisme politiquement motivé».

3-f) Les Cultural Studies et les Culture Wars

- Origines et justifications des Cultural Studies : aspects théoriques et aspects historiques.  Hybridations et transdisciplinarité.

- Décennie 1960 : Richard Hoggard, fondateur en 1964 du Center for Contemporary Cultural Studies en Grande-Bretagne.

- Décennie 1970 : Développements aux États-Unis avec des apports de la French Théorie.  La réception et l’interprétation étasunienne des thèses de Derrida, Deleuze et Foucault.

- Élargissement et internationalisation. Gender Studies, Women Studies, Postcolonial Studies, Media Studies, Visual Studies, etc.

- Une diversité complexe de positions et d’attitudes : comprendre et expliquer, sensibiliser, promouvoir et militer.

- [Film : Herbert Marcuse et la «New Left» (un tournant culturel plutôt qu’économique de la «libération»).]

3-g) Le conflit autour de l’idéal d’impartialité/objectivité en science : à rejeter en tant que mythe ou à maintenir en tant qu’idéal ?

- Exemple à décortiquer : le pamphlet publié en 1989 par l’American Council of Learned Societies (rédigé par six importants départements en sciences humaines aux États-Unis) vs le pamphlet de réplique publié en 1993 dans Daedalus, intitulé «Rationality and Realism. What is at Stake ?» (rédigé par John R. Searle, Pr. à la University of California, Berkeley).

3-h) Science, dérives hyperrelativistes, impostures et canulars

- Un Doctorat en sociologie décerné en 2001 par l’Université Paris V pour un plaidoyer en faveur de l’astrologie : polémique autour de la teneur de la thèse de doctorat de Germaine Teissier (alias l’astrologue Elizabeth Teissier) ; thèse sous la direction du Pr. Michel Maffesoli, reçue avec mention «Très honorable» par un jury universitaire en avril 2001.

- «L’affaire Sokal» : le pseudo article scientifique d’Alan Sokal publié en 1996 dans Social Text (no 46-47, printemps-été 1996 ; revue publiée par la Duke University) et son article publié dans Lingua Franca (mai-juin 1996) pour lever le voile sur son canular.  Le débat autour des «impostures intellectuelles» en sciences humaines et sociales que dénoncent Alan Sokal et Jean Bricmont.

- «L’affaire Bogdanov» : la science théorique comme non-sens spéculatif ?  Suites et débats ; la position de Roman Jackiw (professeur au Center for Theoretical Physics du MIT, membre du jury de la thèse de doctorat en physique théorique d’Igor Bogdanov) : la physique théorique moderne ramenée à une esthétique ?

3-i) Le pragmatisme est-il une solution ?

- Pragmatisme technoscientifique ?

- Pragmatisme sociopolitique en sciences humaines et sociales ?

- Retour sur les trois grands types de positions sur les rapports entre les divers domaines des sciences.

4) Des *sciences* de la culture sont-elles véritablement possibles ?

4-a) Réflexions et discussions autour de l’essai de Joseph Melançon, Les sciences de la culture (Éditions Nota bene, 2002, 248 pages)

- Problématique

- La culture et la figurativité

- La culture et l’objectivation

4-b) Suite

- La culture comme mémoire

- La culture comme capital sémiotique

- La culture comme habitus

4-c) Suite

- La culture comme métaphore

- La culture comme conjoncture

- La culture comme axiologie

4-d) Suite

- La culture comme lecture

- La culture comme herméneutique

- Conclusion

En échos aux considérations sur l’eugénisme de type libéral et en échos aux utopies «posthumanistes» et technoscientifiques dont il a été question aujourd’hui, voici la référence du livre d’Antoine Robitaille* : Le Nouvel Homme nouveau. Voyage dans les utopies de la posthumanité, Éditions Boréal, 2007.

Sur Internet, on peut notamment écouter cette entrevue audio avec Antoine Robitaille (Mp3).

*Antoine Robitaille est «correspondant à la tribune parlementaire à Québec pour le quotidien Le Devoir. Il est également membre du conseil de rédaction de la revue Argument» et il est aussi à l’origine des «Devoirs de philo».

**Le titre «Le Nouvel Homme nouveau» fait référence à l’ancienne utopie de l’Homme nouveau.

Copyright Humain

Ai-je besoin de convaincre des étudiants d’Histoire-Civilisation de l’apport de nouveaux paysages, de l’importance des désirs de dépaysements?…

En janvier, on hisse pavillon vers deux expositions au MCQ, sur les tentatives de représentations de l’âme humaine, de la science à la richesse symbolique.
À voir : le blogue de votre programme

Ce soir à l’émission Bazzo.tv, le très prolifique dramaturge, metteur en scène, comédien, traducteur, scénariste, professeur, poète et pamphlétaire René-Daniel Dubois faisait son «Édito» sur un ouvrage qui semble l’avoir stimulé, c’est le moins que l’on puisse dire !  L’ouvrage en question ? Une histoire de tout, ou presque… Ouf !  On peut visionner le segment vidéo de son «Édito» à partir de là. *.

Philoconference - Yves Gingras

La Philoconférence de Yves Gingras, intitulée «L’illusion du dialogue science-religion», aura lieu le lundi 26 octobre prochain, à 19h., à l’Église St-James (sur la rue Des Ursulines).

Pour un aperçu du style de ses interventions, on peut écouter ce vidéo, ou encore ses chroniques aux Années Lumière (à la Première chaîne de Radio-Canada).

Voici le résumé qu’il nous a fait parvenir :

«On parle beaucoup depuis quelques années de “dialogue” entre science et religion et on invoque souvent l’idée que même Einstein avait une religion. Contre ces arguments d’autorité et ces sophismes qui confondent religion et spiritualité de façon à faire croire en la possibilité d’un réel dialogue entre science et religion, nous montrerons qu’en fait tout dans les méthodes et les aspirations de la science s’oppose à l’éthos et aux discours religieux. L’histoire de l’homme de Kennewick et d’autres restes humains américains datant de 9,000 ans nous serviront d’exemples d’obstacles que les croyances religieuses posent à la recherche objective des anthropologues qui désirent reconstituer le peuplement de L’Amérique.» *

«Ce serait une manière bien romantique d’aimer la raison
que d’asseoir son règne sur le désaveu de nos connaissances.»
– Maurice Merleau-Ponty, Le primat de la perception et
ses conséquences philosophiques
, p. 67

Avec l’ouvrage de Cyrille Barrette, il s’agit de s’interroger ensemble sur la vérité de la science en tant que science (alors que l’ouvrage d’Yves Gingras nous sert davantage à interroger l’inscription socioculturelle de la science).  Comme on l’a constaté, un tel exercice soulève certaines considérations relevant de la philosophie (et non d’une simple question de «précision» de la description à faire) : c’est le cas avec la question de l’unité ou non de la Science et c’est aussi le cas lorsqu’il s’agit de savoir si on peut caractériser ce qui constituerait «la méthode» typique de la science.

En faisant l’examen du fil conducteur adopté par Cyrille Barrette dans son livre, nos questionnements émergents en ayant pour arrière-plan l’option philosophique qu’il adopte : une vision de continuité entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales.  On l’a vu, ce n’est pas la seule option possible.  Et, comme toutes options philosophiques, il y a des justifications recevables de part et d’autre.

Ce fil conducteur n’est pas sans intérêt, notamment parce qu’il éclaire l’un des champs typiques de la science contemporaine : la biologie en tant que regard de la science sur l’humain (et, s’agissant d’aider à faire comprendre «la science», Cyrille Barrette ne cède pas au réductionnisme).  Mais bien évidemment, tout ce que l’on retrouve dans les autres options n’est pas sans intérêt non plus, bien au contraire.  Aussi, si vous voulez explorer des considérations au sein d’une autre option où l’on conçoit une discontinuité entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales, voici les références du livre de Joseph Melançon (qui a été titulaire de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord) que je vous ai mentionné lors du dernier séminaire :

–> Joseph Melançon, Les sciences de la culture.  Essai, Éditions Nota bene, 2002.

Je souligne cependant qu’il s’agit d’un essai et qu’il ne peut pas refléter la totalité des variantes que l’on peut retrouver dans la vision de discontinuité entre les sciences de la nature et les sciences humaines et sociales.  Par exemple, Joseph Melançon croit qu’il est possible, malgré la discontinuité, d’y voir là une science, alors que d’autres pourront dire que, puisqu’il a recours notamment à l’herméneutique (une branche de la philosophie), il faudrait cesser d’accoler le nom de «science» à ces champs d’investigation…  Cela dit, cet essai (qui, comme tout ce qui prend le risque de s’essayer, ne peut pas faire l’unanimité) présente au moins deux intérêts : premièrement, il reprend tout en les expliquant, plusieurs des réflexions qui ont eu cours au 20e siècle dans les tentatives d’observation/compréhension de la culture (la «problématologie» de Meyer, l’idée de culture comme mémoire, la sémiotique, la notion d’habitus, l’herméneutique, des considérations sur l’axiologie, etc.) ; et deuxièmement, parce que tout cela est fait dans un langage clair, qui ne présuppose pas vraiment une connaissance préalable du domaine pour en retirer un certain plaisir de lecture (ce qui compte, tout de même…).

À propos de «L’affaire Sokal», pour les personnes qui voudraient lire l’article original qu’Alan Sokal a publié en 1996 dans la revue Social Text (publié par la Duke University), ainsi que quelques-uns des débats qui en ont découlé, on peut consulter avec intérêt le site d’Alan Sokal – où l’on retrouve notamment l’article original du canular publié dans Social Text (no 46-47, printemps-été 1996), ainsi que l’article original qui lève le voile sur ce canular, publié dans Lingua Franca (mai-juin 1996).

En ce qui concerne l’affaire des frères Bogdanov, présentée par Yves Gingras dans Parlons science. Les transformations de l’esprit scientifique, vous remarquerez les liens que l’on peut faire avec ce que l’on a déjà discuté à propos des principales positions à l’égard des sciences… Et ce, notamment au travers de ce qui sous-tend l’affirmation de Roman Jackiw (professeur au Center for Theoretical Physics du MIT, membre du jury de la thèse de physique théorique d’Igor Bogdanov) rapportée dans le New York Times du 9 novembre 2002, ramenant apparemment l’évaluation du sujet à une question de goût…

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